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icones/masque06.pngContes Dioula - Bonne et mauvaise fille

LA BONNE ET LA MAUVAISE FILLE



Voilà mon conte.
Il y avait un roi qui avait deux femmes, une favorite et une mal-aimée. Il dit à l'une qu'elle était la favorite et à l'autre qu'elle était la mal-aimée. Il a gardé les deux avec lui.
Il cultivait un champ. Quand le temps où le champ devait être surveillé, arriva, il y envoya les deux enfants de ses deux femmes). Elles1 sont parties à l'endroit où on surveillait le champ. Une fois arrivées là, elles sont montées dans un arbre. Quand les oiseaux sont venus s'y installer, elles ont dit : « Mais! Quittez le champ de notre père ». Au moment où le soleil dardait ses rayons et où les oiseaux étaient partis, l'enfant de la favorite, qui était installée dans l'arbre, chanta :
- O fétiche de notre village
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ô fétiche de notre village,
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de cuire tous le temps du riz.
- Tue le roi, épargne ma mère
- Ma mère en a assez de porter de grands pagnes.
- Tue le roi, épargne ma mère.

Voilà ce qu'elle chantait. Quand elle eut fini son chant, l'enfant de la mal-aimée commença:
- 0 Fétiche de mon village
- Épargne le roi, épargne ma mère
- 0 Fétiche de mon village
- Épargne le roi, épargne ma mère
- Ma mère en a assez d'habiter une vieille maison,
- Épargne le roi, épargne ma mère
- Ma mère en a assez de boire de la bouillie très claire,
- Épargne le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez de porter de vieux pagnes,
- Épargne le roi, épargne ma mère.

Voilà ce qu'elle chantait en laissant ses larmes couler lentement. L'autre (au contraire) si elle voulait chanter le sien, le faisait en riant
- O fétiche de notre village,
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de griller tout le temps la viande.
- Ma mère en a assez de cuire tout le temps le riz.
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de porter de beaux pagnes 2,
- Tue le roi, épargne ma mère.

Elles étaient en train de chanter ça, quand une vieille femme qui passait au bout du champ, dans la brousse, les entendit.
Un jour, elle alla dire au roi :
- Hé! Roi, dit-elle, graisse-moi un peu le gosier.
Le roi lui dit : - Avec quoi te le graisserai-je?

Elle: - Avec du to de petit mil et de la sauce au poisson. Quand tu m'auras graissé le gosier, je t’expliquerai en détail une affaire qui se passe à un bout de ton champ.

 



Le roi est allé chercher le petit mil et la sauce au poisson. Quand la vieille les eut mangés et qu'elle fut bien rassasiée, elle déclara: " Roi, tes deux enfants qui sont dans ton champ, ont dams la bouche de curieuses paroles, l'une t'aime et l'autre ne t'aime pas; si tu vas au bout de ton champ, tu comprendras. Ça ; si tu veux absolument y aller, cherche des feuilles. Bouches-en la clochette de ton cheval et marche sans bruit; quand tu seras arrivé, attache-le au bout du chemin, et va faire le guet à la lisière de l'herbe. Tu entendras les paroles de tes enfants "
Dès qu'il fit jour, le roi a pris son cheval. Au moment Où il faisait très chaud, il arrivait. A peine arrivé, il a laissé son cheval à la lisière du bois et tout doucement est venu faire le guet. Il guettait. Peu de temps après, une des enfants a chanté:
- O Fétiche de notre village.
- Tue le roi, épargne ma mère.
- O fétiche de notre village,
- Tue le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez de griller tout le temps de la viande.
- Tue le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez de cuire tout le temps du riz.
- Tue le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez de porter de beaux pagnes.
- Tue le roi, épargne ma mère.

Le roi a hoche la tête et n'a rien dit. La vieille femme qui était derrière lui a dit : «Tais-toi, tais-toi, la suite arrive». Peu de temps après, l'autre qui était restée dans son arbre chantait:
- O fétiche de notre village,
- Epargne le roi, épargne ma mère,
- 0 Fétiche de notre village,
- Epargne le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez d'habiter une vieille maison,
- Epargne le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de boire de la bouillie très claire.
- Epargne le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de porter de vieux pagnes,
- Epargne le roi, épargne ma mère.
La vieille a dit: «Alors, tu n as pas entendu?

 

Le roi a répondu: « Si, j'ai entendu ».

Puis il s'est approché d'elles et a dit: « Bonjour, mes filles».

Elles lui ont répondu.
- Hé! J'ai entendu votre chant sur la route comme ça,

il est si beau que je me suis précipité pour venir ici !

Approchez et chantez, que je l'entende! ».
Hé ! Pour la fille de la favorite, dans son esprit, est-ce

qu'il y a un problème'! Elle s'est tout de suite précipitée

et s'est dépêchée de venir...
(Une femme de l'assistance) - Et si toi tu faisais ça ?3
(La conteuse) - Si je t'avais vue, je t'aurais saluée.
(La femme) - Dououdou siwelemandian
- Le coucou m'a appelée, siwelemandian
- Le roi des coucous m'a appelée, siwelemandian
- Il a quelque chose à dire.
- Poursuis ton histoire!

chanter.jpg

L'enfant est venue, toutes deux sont venues chanter leur

chanson au roi de la même façon qu'elles le faisaient d'habitude.

La première a donné la sienne et est partie. Quand le roi a

appelé l'autre pour qu'elle vienne chanter la sienne, elle avait le souffle coupé, Sirifé !4 Une fois arrivée, elle était incapable de dire son chant. Elle pleurait comme elle le faisait d'habitude. Il lui dit: «Chante donc! » Elle répliqua: « Je ne peux pas le chanter ». Elle pensait que c'était une question de vie ou de mort. Il insista: « Chante». Elle a donc chanté à sa façon; elle a chanté jusqu'aux sanglots. Le roi lui a dit: «Ce n'est rien, retournez dans votre champ ».Elles sont parties et le roi est rentré chez lui. Il a dit : « Vous tous, assemblée de musulmans, il n'y a rien de grave, mais j'ai une tâche à faire cette nuit». La nuit venue, tout le village est réuni. Le roi a appelé les enfants au milieu du cercle. Il leur a dit: « Le chant que vous avez chanté en brousse m'a beaucoup plu, chantez-le encore, que toute la foule l'entende! ».
Elles se sont approchées. La première s'est tout de suite précipitée et a commencé très vite:
- O fétiche de notre village,
- Tue le roi, épargne ma mère.
- O fétiche de notre village,
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de cuire tout le temps du riz.
- Tue le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de griller tout le temps de la viande,
- Tue le roi, épargne ma mère.
- Ma mère en a assez de porter de beaux pagnes.
- Tue le roi, épargne ma mère.

- Musulmans, vous ne l'avez pas entendue?
- Si, nous l'avons entendue.
- Approche et mets-toi de côté, que l'autre s'avance!
La mère de celle-là dit : «Hé! Quelle catastrophe m'apporte donc cette enfant qui m'a laissée recluse dans na vieille maison? Cette nuit, certaines d'entre nous vont y laisser leur tête! ». Le roi dit à la fille : Viens! ». L'enfant a répondu qu'elle ne viendrait pas. Sa mère a ajouté: « Mais va donc! L'esclave trouve ce que Dieu lui a envoyé; nous, cette nuit, nous attendons la mort, puisque c'est ça que tu nous as envoyé. Nous n'avons plus rien d'autre dans la maison. On ne peut pas couper deux têtes en une journée»

La fille s'est approchée. Mais ses pleurs l'empêchent de chanter. On lui dit: « Chante». Elle a cessé de pleurer :
- Ô fétiche de notre village,
- Épargne le roi, épargne ma mère.
- 0 fétiche de notre village,
- Épargne le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez d'habiter une vieille maison,
- Épargne le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de porter de vieux pagnes,
- Épargne le roi, épargne ma mère,
- Ma mère en a assez de manger tout le temps de la bouillie,
- Épargne le roi, épargne ma mère.
- Le roi a dit: « Musulmans, avez-vous entendu aussi ce chant? » Ils ont répondu: «Oui».
- Bien, de ces deux personnes donc, laquelle vous aime? Personne ne dit mot:
- De ces deux-là, laquelle vous aime? Personne ne dit mot.

La troisième fois, les gens ont répondu: «Bon, roi, nous écoutons ce qui sortira de ta bouche, nous ne pouvons rien dire de plus ». « Bien, dit-il, de celle qui parle de vous tuer, et de celle qui parle de vous laisser en paix, musulmans, laquelle, vous aime?» Ils ont répondu: « C'est celle qui dit de te laisser en paix ». Le roi reprit:« Bien, puisqu'il en est ainsi, vous qui grillez tout le temps de la viande, abandonnez tout ça aujourd'hui ».
En achevant ces mots. Il a attrapé toutes leurs affaires, les en a dépouillées et les a définitivement chassées s.
Le roi a fait entrer dans la maison de la favorite, la mal-aimée et celle qui a dit d'épargner sa mère et il a pris toutes les affaires inutiles de la favorite et les a données aux mal-aimées. C'est ainsi que celles-ci sont devenues les favorites. L'autre est devenue la mal-aimée et s'est repliée dans la maison en paille.
- A-t-elle continué à appartenir au roi ? 6
- Oui, elle est restée en sa possession, toujours recluse.
- Est-ce dans la vilaine maison de l'autre?
- Oui, c'est là qu'elle est revenue et: qu'elle est restée.
De ces deux situations, est-ce qu'elles n'ont pas su ce qui était bon, de ce qui ne l'était pas? Est-ce qu'il ne faut pas faire deux marchés pour savoir quel est le meilleur? Voilà, la mère et la fille sont devenues les mal-aimées, l'autre est devenue la bien-aimée.
J'ai remis ce conte là où je l'ai pris.

Dit par Mawa COULIBALY.

 



1. Au début du récit la conteuse ne précise pas s'il s'agit de filles ou de garçons: « a » en dioula signifie à la fois « il » ou «elle », c'est à la suite d'une question posée plus loin dans le conte par une femme de l'assistance que la conteuse a précisé qu'il s'agissait de fille. C'est pourquoi nous avons pris le parti, dès le début, de traduire ainsi. Nous n'avons pas retranscrit la question de la femme dans ce texte.
2. Ici la fille ne parle plus au nom de sa mère mais en son nom propre. Elle est jalouse des beaux pagnes de sa mère. On voit là sa méchanceté, alors que la fille de la mal-aimée, elle, plaint réellement sa mère.
3. C'est toujours par cette formule qu'une autre femme peut interrompre la conteuse, pour qu'elle se repose un peu. Celle-ci répond par une autre formule, c'est alors que la première peut donner un chant qui est toujours en rapport avec le récit. Ici c'est le coucou, le roi des coucous qui appelle la conteuse un peu comme le roi appelle la fillette. De plus ce chant intercalé renforce le suspense de la situation.
Puis de nouveau on redonne la parole à la conteuse : (" 'an 'taga'ni 'kongo 'ye " ! Poursuis ton histoire! (Littéralement: Partons avec la brousse). Ces interruptions interviennent très souvent dans des contes longs.
4. Ici la conteuse s'adresse à une femme de l'assistance qui s'appelle « Sirifé ».
5. Il s'agit de la favorite et de sa fille qui disait dans son chant: « Ma mère en a assez de griller tout le temps de la viande».
6. C'est une question posée par une femme de l'assistance.

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Date de création : 09/10/2006 @ 17:47
Dernière modification : 03/02/2010 @ 23:25
Catégorie : Contes Dioula
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