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icones/masque05.pngContes Dioula - La marâtre au coeur noir

LA MARÂTRE AU CŒUR NOIR -
 
Voilà mon conte. Il y avait une femme qui en mourant laissa un enfant.
Comme elle était morte, on confia son enfant à sa co-épouse.
Mais la co-épouse avait un fond très méchant.
Quand l'enfant partait en brousse, elle empoisonnait sa nourriture et la conservait jusqu'à son retour.
Le jeune garçon avait pris un chien, un petit chien qu'il laissait à la maison.
Le chien surveillait la femme. Quand l'enfant partait en brousse, la femme empoisonnait sa nourriture et la conservait.
Dès que la nourriture était empoisonnée, le moment du retour du jeune garçon arrivait.
Le chien allait à sa rencontre sur la route et dès qu'il l'apercevait, il chantait:
- Bonjour, mort est souffrance 1.
- Hum! Ton chien a parlé.I
- l y a de la nourriture dans la maison, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
- Ne la mange pas aujourd'hui, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
Et il arrivait. A son arrivée, dès que la méchante femme l'apercevait, elle disait:
« Bonne arrivée, Bèma 2 ! Comment ça va en brousse? I
- l Y a de la nourriture à la maison, viens la prendre .et mange avant de te laver».
- Lui, répondait: «Non, je n'en mange pas ».
Elle insistait
«Tu n'en manges pas! Mais qu'as-tu mangé aujourd'hui? ».
Lui reprenait:
«J'ai déjà mangé en brousse».
- Et c'est ça qui t'a rassasié!
- Va prendre ce que j'ai gardé spécialement pour toi, et mange-le.
Il répondit:
«Non, je n'en prendrai pas ».
(Une femme de 1 ' assistance) - Si tu avais fait ça, tu m'aurais vue? 3
(La conteuse) - Si je t'avais vue, je t'aurai saluée.
(La femme) - Petit, cesse donc de faire le malin devant moi,
- Petit, cesse de t'agiter sans arrêt devant moi,
- Ce champ qui s'étend à perte de vue,
- Moi seul petit oiseau puis-jel'achever,
- Virant à droite, virant à gauche,
- Tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos, faisant frfrfr
- Continue ton histoire!
L'enfant est passé devant la femme et il est allé puiser l'eau pour se laver. Le lendemain, elle a conservé sa nourriture. Elle l'a gardée mais elle n'a rien mis dedans. Elle a mis quelque chose dans l'eau, qui est sur le feu, dans l'eau pour la toilette. Le chien est couché à côté de la femme, les yeux fixés sur elle. L'après-midi le garçon est apparu. Dès que le moment de son retour est arrivé, le chien a couru à sa rencontre sur la route en faisant Koyi Koyi.
Il est apparu, aussitôt le chien a chanté :
- Bonjour, mort est souffrance
- Hum! Ton chien a parlé.
- Il y a de la nourriture dans la maison, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
- Il y a de l'eau sur le feu, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
- Ne te lave pas avec, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
Il est arrivé. Dès son arrivée la femme lui dit :
« Bienvenue à toi, Bèma! La nourriture est posée dans la maison là-bas, va la prendre et mange-la. Quand tu te lèveras, il y a de l'eau sur le feu, veux-tu que je la verse pour toi dans la cuvette ? J'ai puisé de l'eau et l'ai mise dans un seau, quand tu te lèveras, prends-la et va te laver ».
Il a répondu:
«Je me suis déjà lavé dans un marigot en route».
- Qu'est-ce que c'est que ces façons de se laver, la nuit, dans un marigot avec de l'eau froide! Je t'ai chauffé de l'eau, je te l'ai gardée, même si tu t'es déjà lavé dans un marigot avec de l'eau froide, tu peux tout de même prendre celle-ci et bien la répandre sur toi. Est-ce que cela ne te détendra pas?
Il répondit: « Non, je ne me laverai pas aujourd'hui ».
Elle l'a insultée, a pris l'eau et l'a renversée. Bien que son propre enfant fût là, elle ne la lui a pas donnée. - Est-ce que l'enfant et son grand frère sont sortis ensemble de la brousse? 4
- Oui ils sont venus ensemble.
La nourriture que l'on présente à l'un n'est pas présentée à l'autre.
Elle disait: «Bèma, ta nourriture est dans la maison prends-la car ton petit frère dit qu'il va d'abord se laver ».
Un jour, elle dit: «Prends ton eau, c'est pour toi, et va te laver. Ton petit frère a dit qu'il ne se lavait pas maintenant car il va d'abord prier ».
Voilà comment elle agissait envers le jeune garçon. Elle ne savait pas que c'était le chien qui, toujours derrière elle, lui répétait tout; et cela dura ainsi pendant longtemps, mais elle ne parvenait pas à avoir le jeune garçon. Son cœur en devint très noir. Alors elle alla creuser un gros trou dans la maison, un grand trou profond, elle sortit des flèches et les planta dedans puis prit une natte neuve et la plaça dessus. Ainsi quand l'enfant viendra s'asseoir sur la natte, il tombera dedans. Elle n'a rien mis dans la nourriture. Elle n'a rien mis dans l'eau. Mais elle a creusé ce trou et a posé la natte dessus. Quand l'enfant est sorti de la brousse l'après-midi, et qu'il est arrivé, le chien s'est dépêché d'arriver tyon tyon5. Dès qu'il a rencontré le garçon, il a chanté:
- Bonjour, mort est souffrance.
Hum! Ton chien a parlé.
- Il y a de la nourriture dans la maison. Mort est souffrance.
- Hum! Ton chien a parlé.
- Tu peux la manger aujourd'hui, mort est souffrance.
- Il y a de l'eau sur le feu, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien t'a parlé.
-Tu peux le laver avec aujourd'hui, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien t'a parlé.
- Il y a une natte dans la maison aujourd'hui, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien t'a parlé.
- Ne t'assieds pas dessus, mort est souffrance.
- Hum! Ton chien t'a parlé.
Dés que l'enfant est arrivé, la femme est venue lui dire:"il y a de la nourriture dans la maison, si tu veux manger, verse d'abord l'eau qui est sur le feu dans un seau, vas te laver, puis viens t'asseoir sur la natte là-bas pour manger».
Le jeune garçon a répondu qu'il s'assoirait sur un tabouret.
- approche et vas t'asseoir sur la natte! Il n'y a pas de tabouret. Car elle avait ramassé tous les tabourets de la maison et les avait cachés.
- Il n'y a pas de tabouret, assied toi donc sur la natte! Une fois assis là, mange, car pour les tabourets, nous les avons tous lavés aujourd'hui, ils sont tous dans la maison là-bas, et la porte est fermée.
L'enfant s'est approché, disant qu'il s'assoierait par terre.
Elle a insisté :"Je t'ai dit de ne pas t'asseoir par terre, va donc là-bas, et assied toi sur la natte".
Il a répondu : Non, c'est ici que je vais m'asseoir".
- Sapristi ! Même s'il se fait que tu portes une chemise de brousse, va tout de même t'asseoir sur la natte. Peut on respecter une natte plus qu'une personne ?
L'enfant répondit :" Non". Et il s'assit par terre pour manger. Le propre enfant de la femme est sorti en trombe de la brousse, au non de Dieu ! Au moment où il arrivait, sa mère n'était pas là. A peine arrivé, il n'a rien demandé, il n'a rien dit. O anges qui priez Dieu, conduisez ses pas pour qu'il s'asseye sur la natte neuve! - et c'est bien sur cette natte neuve qu'il s'est assis. _Comment vas t'il faire, Hélas patatra! Il est tombé dans le trou, oui, lui, son propre enfant. Les flèches se sont bien plantées sur l'enfant. C'est son cadavre qu'on a retiré du trou. L'orphelin, lui, est allé se laver, est sorti de la douche puis s'est arrêté en disant : "Dieu est tout puissant, Dieu est bon, c'est donc ça que tu voulais faire! ". C'est pourquoi si tu vaux creuser un abîme de méchanceté, fais le grand, c'est ta propre tête qui restera dedans. Si tu veux faire du mal à l'enfant de ton prochain, Dieu le fera retomber sur ton propre enfant. Si tu n'en as pas, il le fera retomber sur toi.
- J'ai remis le conte là où je l'ai pris.
 
 
 
- Merci, Coulibaly 6. Dit par Mawa COULIBALY.

1. Cela signifie que la mort de la mère est cause de la souffrance actuelle de l'enfant.
2. C'est le nom du jeune garçon.
3. C'est la formule déjà employée dans le conte précédent par une femme de l'assistance pour introduire un chant. Ici aussi le chant est en rapport avec la situation du personnage du conte: le jeune garçon, comme l'oiseau du chant agacé par un enfant, est agacé par sa marâtre qui tourne autour de lui pour l'obliger à faire ce qu'il ne veut pas.
4. C'est une question posée par une femme de l'assistance.
5. Idéophone imitant le bruit des pattes du chien arrivant à toute allure.
6. Une femme de l'assistance a remercié la conteuse. Ici c'est celle qui est déjà intervenue dans le conte. Elle emploie une formule traditionnelle pour ce type de situation, qui se traduirait mot à mot par « toi et la brousse ».
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Date de création : 09/10/2006 @ 18:40
Dernière modification : 01/02/2010 @ 08:53
Catégorie : Contes Dioula
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