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Pourquoi les sorciers ne se distinguent plus des hommes ? Les vieux disaient avant nous «Autrefois, autrefois... » Si tu entends prononcer le mot « sorcier », sache que leur maison est à part. Le jour où quelqu'un est allé se fourrer dans leur trou, ce jour-là Dieu leur a fait un cadeau. Les sorciers sont ici à Kong, leur bec est long comme d'ici à Bouaké. Ils peuvent rester assis ici et attraper quelqu'un à Bouaké; ils peuvel1t rester assis ici et attraper quelqu'un à Korhogo et ils peuvent rester ici et attraper quelqu'un à Bouna. Il y avait un vieux qui était allé acheter un cheval pour le donner à son fils; il partit lui montrer un chemin en disant: « Vois cette route-là, eh bien, ne la prends pas, c'est la route des sorciers. Le jour où tu partiras là-bas, c'est Dieu qui leur aura fait un beau cadeau ». Le garçon montait souvent à cheval. Un jour qu'il avait très envie de monter à cheval, il prit rapidement la route et débarqua chez les sorciers. Ceux-ci l'attrapèrent hop!, l'enfermèrent dans une maison à sept pièces et lui dirent: «Nous cherchions quelqu'un, mais nous n'avions encore attrapé personne. Puisque aujourd’hui nous avons trouvé quelqu'un, nous allons tout de suite déterrer nos ignames». Bon, les forgerons avaient, eux aussi, une maison à part, ils battaient le fer dedans. Pendant qu'ils étaient en train de battre le fer, les sorciers avaient attrapé le jeune homme et l'avaient enfermé dans une maison à sept pièces; ils avaient dit: « Puisque nous avons eu quelqu'un, nous allons déterrer des ignames pour les manger avec ». ![]() Leur champ était éloigné comme d'ici à Koumassi; ils partirent pour arracher leurs ignames. Pendant qu'ils étaient là-bas, le claquement de la porte qui se ferme et qui s'ouvre fit un énorme bruit. Ils ont laissé quelqu'un à la porte du jeune homme lui disant de rester pour surveiller la porte pendant qu'ils allaient arracher les ignames. Ils sont en train de les arracher dans un champ qui est loin comme d'ici au Ghana. Voilà, le jeune homme était arrêté là avec son cheval. Ils l'ont attrapé, lui et son cheval et sont allés les enfermer dans la maison. Le jeune garçon, dit: « Hi! Mon père m'avait dit de ne pas prendre ce chemin, car c'était celui des sorciers; ma mère m' avait dit de ce pas prendre le chemin, car c'était celui des sorciers ». Et le voilà debout sur son cheval, méditant en lui-même. Il pleure en chantant: Ma mère m'a dit de monter à cheval et de laisser ce chemin Tumènimè, tumènimè. Mon père m'a dit de monter à cheval et de laisser ce chemin. Tumènimè, tumènimè. J'ai envie de voir mon père J'ai envie de voir ma mère Tumènimè, tumènimè. Les paroles du chant ont sonné agréablement aux oreilles du gardien, qui a tiré la première porte et l'a ouverte. La première porte est donc tirée et ouverte mais d'ici au Ghana le bruit en est parvenu aux oreilles des gens, aux oreilles des arracheurs d'ignames qui se sont exclamés : « Prêtez l'oreille car j'ai entendu comme le bruit d'une porte qui s'ouvre». Les autres ont dit : « mais non, c'est un mensonge! » Et ils ont ajouté: « Dépêchez vous de déterrer les ignames». Le jeune garçon a recommencé à chanter: Mon père m'a dit de monter à cheval et de laisser ce' chemin, Tumènimè, tumènimè. Ma mère m’a dit de monter à cheval et de laisser ce chemin, Tumènimè, tumènimè. J'ai envie de voir mon père Tumènimè, tumènimè. J'ai envie de voir ma mère. Le petit gardien a fait entrer la clé dans une autre porte, l'a tirée et l'a ouverte. Les autres (au champ) ont dit: «Tiens! Ce que tu disais est vrai ». Certains disaient: «C'est vrai»; d'autres disaient: «C'est faux». Et ils ont commencé à attacher leurs paquets d'ignames. Pendant qu'ils attachaient leurs paquets. le jeune garçon pleurait, pleurait ainsi: Mon père m'a dit de monter à cheval et de laisser ce chemin, Tumènimè, tumènimè. Ma mère m'a dit de monter à cheval et de laisser ce chemin, Tumènimè, tumènimè. J'ai envie de voir ma mère. J'ai envie de voir mon père. Un des sorciers1 a dit: «Ce que tu as dit, est vrai». Le gardien, qui restait là-bas, fit entrer la clé dans une autre porte, l'a tirée et l'a ouverte. Quand la porte fût tirée et ouverte, les autres se sont écriés: « Mais oui, c'est vrai, c'est bien vrai ». Et ils ont attaché leurs paquets. Ils ont attaché leurs paquets, ont planté leur bec là, et ont sauté d'un bond aussi grand que d'ici à Tafiré 2 pour tomber là-bas; de là ils ont planté leur bec et ont sauté d'un bond comme de Tafiré à Bouaké; de là ils ont planté leur bec et ont sauté d'un bond, grand comme de Bouaké à Yamoussokro; au fur et à mesure qu'ils plantaient leur bec ils avançaient. Ils se rapprochaient comme d'ici à Tafiré Le jeune gardien a fait entrer la clé dans la septième porte et l'a tirée en la faisant grincer très fort. Ceci étant, le jeune garçon a piqué au flanc son cheval. il savait très bien monter à cheva1. A peine eut-il piqué son cheval qu'il bondit très vite par-dessus la tête du gardien. Au moment où il sortait brusquement les sorciers, eux, arrivaient avec leurs ignames. Pendant qu'ils laissaient tomber leurs ignames, le jeune garçon se dépêchait de sortir avec son cheval. « Tu écoutes? »I ls criaient : « Attrapez-le, attrapez-Je, attrapez-le! » Tu écoutes? Ils étaient sur ses talons; il passa d'un bond par-dessus la tête de l'un d'eux qui avait sauté juste devant lui. Oui, il passa par-dessus la tête d'un des sorciers, qui avait sauté juste devant lui. Les forgerons étalent en tram de frapper leurs enclumes. Le jeune garçon comprit très vite qu'il était perdu, qu'il ne pouvait pas se sauver. Les forgerons, eux, continuaient à taper. Leur campement ressemblait à la maison où nous sommes ici. Au moment où il réalisait (la situation), tu écoutes?, le bec passa au-dessus de sa tête et quand il vit qu'il était perdu, il se précipita dans le campement des forgerons. Les forgerons frappaient, frappaient leurs enclumes, ils eurent à peine le temps de réaliser ce qui se passait que le cheval passa comme un éclair. L'un d'eux voulut lever la tête mais il vit au-dessus de lui le bec d'un des sorciers. Or un des forgerons venait d'achever de forger un couteau qu'un chasseur avait demandé de faire. Ils étaient en train d'en aiguiser le fil. Au moment où l'un d'eux aiguisait le fil du couteau, il vit que le bec passait au-dessus de sa tête pour aller attraper le jeune homme; il retira alors d'un seul coup le couteau du feu et coupa en deux, net, le bec du sorcier. Voilà pourquoi désormais on ne distingue plus les sorciers des honnêtes gens. Et voilà, c'était la version qui a été dite devant nous. Bon, nous avons remis le conte là où nous l'avons pris. Baladyi BARRO. _____________________________________________________ 1. Le style écrit nécessite souvent plus de précision que le style oral, d'où notre traduction. Le conteur situe son récit tantôt chez les sorciers, tantôt chez le gardien du prisonnier. Ce qui risque de créer une certaine confusion si on ne précise pas les sujets. 2. Les villes dont parle le conteur sont toutes en Côte-d'Ivoire et sont éloignées d'une centaine de kilomètres l'une de l'autre. Ces détails permettent de mieux faire comprendre les prodiges des sorciers. 3. Cet 1 idéophone « ‘Kpaawu » que nous traduisons ainsi. 4. Le conteur dit « Karamogo ! » qui signifie « maître coranique « c'est une façon d'interpeller quelqu'un de l'auditoire pour qu'il suive hi en le rédt. Cette formule est très employé ici part le conteur Qui tient en haleine ton public. Date de création : 10/10/2006 @ 00:57 Réactions à cet article
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