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icones/masque30.pngContes Soninké - Aisé

AÏSÊ



Lorsque grand-mère prodiguait son intarissable répertoire aux enfants, grand-père se plaignait et disait
« Vous vous ralliez à votre grand-mère et m’abandonnez seul derrière vous. »
Nous ne le prîmes pas au sérieux, alors il dit à grand-mère
«Veux-tu les laisser venir ! »
Grand-mère dit alors : «Mes enfants, allons écouter grand-père aujourd’hui. »
Après ces paroles, le petit cercle se déplaça auprès de grand-père.
Cela lui plut beaucoup et il inspecta du regard ce petit monde. Ils avaient hâte de savoir ce qu’il allait dire, alors il commença:
«Autrefois, dans un pays féerique, un roi et son captif partageaient le même palais.
Les années se succédèrent.
Du palais ne s’échappait aucun cri d’enfant alors que des femmes y vivaient.
Son captif, marié depuis vingt ans, n’était pas encore père.
Le roi en fut sérieusement vexé.
Une vieille femme fut alors consultée et elle leur dit
«Fabriquez deux bracelets, l’un en or et l’autre en argent.»
Le bracelet en or fut donné à Madou Fooré et celui en argent à Madou Komé.
Ils grandirent ensemble et atteignirent l’âge d’adulte.
Le roi accorda la main de la plus jolie fille du pays à Marlou Fooré.
Ce dernier dit à son père qu’il voulait se marier, mais pas dans le royaume.
Madou Komé dit : «C’est juste.»
«Père, dit-il, nous nous marierons au-delà des frontières du pays.
Nous irons chercher Aisé, la fille aux yeux dorés.»
Il arrive un moment où tous les pères se méfient de leurs enfants, même les rois.
N’ayant pu les dissuader il les laissa aller à travers le monde;
Il les approvisionna en poisson fumé et en gingembre.
Ils partirent, marchant jour et nuit.
Ils traversèrent des royaumes maures, peuh soninké et bambaras.
Partout où ils passaient, on leur demandait:
«Où allez-vous enfants, sans fusils ni guerrier.»
Ils répondaient : «Nous allons au loin chercher Aisé, notre future épouse-»
On leur répondait : « Vous vous donner une peine inutile, puisque vous ne pouvez réussir là où de grands rois ont échoué.
Les deux Madou ne prenaient pas ces propos au sérieux. Ils soutenaient ceci
«L’enfance ne sera pas un handicap car la valeur n’est pas proportionnelle à l’âge.))
Après deux semaines, un mois, trois mois de voyage, ils arrivèrent devant le palais royal.
Une vieille sorcière y vivait du matin au soir.
Elle les introduisit auprès du roi auquel ils expliquèrent le but de leur voyage.
Mes enfants, je vous chéris et ne souhaite pas qu’il vous arrive malheur.
Le mariage d’Aisé comporte plusieurs épreuves que voici;
Tu resteras une semaine, sept jours durant, au septième étage dans une chambre,
Une sorcière sans pitié te surveillera
Durant cette semaine tu ne mangeras, ni ne boiras.
Celui qui surmonte ces épreuves épousera Aisé dans le cas contraire, je le tuerai.»
Fooré accepta ces conditions. Il fut conduit au septième étage où se trouvait la belle Aisé.
On y trouvait toutes sortes de plats que, même rassasié, on ne saurait s’empêcher de goûter.
Ils conduisirent Madou Komé depuis un souterrain jusqu’au septième étage.
La sorcière dit
« Madou Fooré, les dés sont jetés et si tu agis sans réfléchir ton père mourra.
Si tu renonces, ta mère mourra.
Si tu ne fais rien, tu mourras toi même.
Fais ce que tu veux, enfant obstiné. »
Une nuit, deux nuits, trois nuits, jusqu’à cinq nuits se succédèrent.
Partout on ne parlait que de Madou Fooré et de son prochain mariage avec Aisé.
Chaque jour, tard dans la nuit, Madou Komé, transformé en chat, rendait visite à Madou Fooré en lui apportant de l’eau et de la nourriture. La sorcière ne soupçonna rien.
Après avoir mangé, Madou Fooré laissait tomber les os sur le sol.
La septième nuit, à l’heure habituelle, Madou Komé apporta à Madou Fooré son repas. Madou Fooré dormait un peu, car personne ne peut refuser son dû au sommeil.
La sorcière sentit l’odeur du poisson dans la chambre.
Elle fit le tour de celle-ci et vit une tête de pois son entre Aisé et Madou [
Elle la prit, l’enveloppa dans un mouchoir (1) et alla la cacher dans le septième canari dans la chambre du roi.
Au réveil de Madou Fooré, le poisson avait disparu.
Etait-ce l’heure de son échec ou de sa pendaison publique qui avait sonné?
Madou Komé, Dieu est grand, fut informé de la situation.
Il se transforma en chat et rencontra une souris dans l’escalier. Il lui dit
«On a beau être malin, on trouvera toujours quelqu’un de plus malin.»
Notre chat dit «Souris, tu sais que chat et souris ne sympathisent jamais, mais je t’épargnerai si tu acceptes ce marché, c’est à dire t’introduire dans la chambre du roi et rapporter une tête de poisson cachée dans un mouchoir.» La souris accepta la proposition et se mit à l’oeuvre.
Elle fouilla toute la chambre du roi et apporta le mouchoir.
Ils le déplièrent pour prendre la tête du poisson et la remplacer par le bracelet en or de Madou Fooré la souris alla remettre le mouchoir à sa place.
Le lendemain de la septième nuit, le roi fit battre le tambour.
Toute une foule se rassembla sur la place. On criait : «Madou Fooré n’a pas d’égal, Madou Fooré n’a pas d’égal.»
A un moment de silence, la vieille femme s’approcha du roi:
«Roi, dit-elle, Madou Fooré ne peut être l’époux d’Aisé puisqu’il a mangé hier soir. J’en ai la certitude
Il doit mourir comme ceux-là qui l’ont précédé auprès d’Aisé.
Roi, envoyez chercher le canari caché au fond de votre chambre.»
Le roi répliqua «La main qui l’a placé doit aller le chercher.»
La sorcière alla dans la chambre chercher le canari.
«Roi, enlevez le couvercle du canari et vous y trouverez un mouchoir contenant les restes de poisson de Madou Fooré.»
Le roi dit : «La main qui l’a caché peut très bien le faire sortir,»
La vieille sorcière déplia le mouchoir et ne vit tomber qu’un bracelet en or.
Toute la foule s’écria que Madou l’a offert à Aisé en témoignage d’amour.
Aussitôt la vieille femme fut exécutée publiquement à la place de Madou Fooré.
Le roi donna sa fille en mariage à Madou Fooré. Il leur donna une centaine de toutes les richesses de son royaume.
Les Madou dirent «Nous préférons Aisé à tout cela.
Après cela, nous désirons seulement un arc et un sabre.»
Leurs voeux exaucés, les deux jeunes gens et leur épouse reprirent le chemin de retour au pays natal.
Ils rencontrèrent des bambaras, des peuhls et des bozos.
Leurs ennemis déclarèrent la guerre pour leur enlever Aisé.
La bravoure et la force de Madou Komé eurent raison des ennemis.
Les derniers ennemis étaient des maures. Les Madou étaient si fatigués qu’ils ne pouvaient se tenir sur leurs pieds.
Les maures s’emparèrent d’Aisé alors que Madou Komé s’était évanoui et que Madou Fooré demeurait immobile (2)
C’était plus l’évanouissement de Madou Komé qui l’avait immobilisé que la perte d’Aisé.
Un moment après, Madou Komé revenait à la vie.
Il demanda à Madou Fooré « Où se trouve Aisé ?»
«Les maures l’ont emporté très loin.» Madou Komé promit «Je ramènerai Aisé, même au prix de ma vie.»
On ne se tue pas pour une seule femme pour qu’ensuite cent femmes portent votre deuil. Les Madou rentrèrent au village les mains vides comme le chasseur maladroit, ou l’homme qui a perdu toute chance.
Le roi leur dit «Je vous avais demandé d’épouser la plus belle fille de mon royaume, mais l’homme découvre de jour en jour le monde. » Madou Komé lui dit «Père, Aisé n’est pas loin, ce sont les maures qui nous l’ont retirée, je vais la chercher à l’instant même.»
Madou Komé enfourcha son cheval, se munit des restes de la veille et rejoignit les maures.
Il partit seul retrouver les guerriers. Arrivé, il attacha son cheval à un piquet.
Les maures n’y étaient pas ce jour-là.
Leurs chiens méchants gardaient Aisé.
Les maures menaient un combat contre d’autres ennemis qui les avaient provoqués.
Seuls les chiens l’empêchaient de s’approcher d’Aisé.
Il leur lança les restes d’os et ils oublièrent Aisé, raison de leur présence.
Madou Komé prit Aisé en croupe et revint à la maison sans incident.
Le roi organisa le mariage de Madou Fooré et d’Aisé, qui eut un grand retentissement.
Madou Fooré et Aïsé devinrent mari et femme.
Les Soninké soutiennent que dire je n’ai jamais vu cela, jamais entendu cela, suppose que vous avez eu une fin prématurée.
Une année vint où Madou Komé conçut de l’amour pour la mère de Madou Fooré, la femme préférée du roi.
Chaque nuit il partageait sa couche avec celle-ci. Les Soninké disent encore que tous les jours sont favorables au voleur sauf un.
C’est par une nuit obscure, si obscure qu’on ne saurait distinguer le fil blanc du rouge,
Que Madou Komé se présenta chez la mère de Madou Fooré, la femme préférée du roi. Ce jour-là, le roi était chez sa nouvelle(3) épouse.
Madou Komé avançant à tâtons posa sa main sur la poitrine du roi.
Il ne toucha aucun sein et ne reconnut aucune présence féminine.
Quand il se rendit compte qu’il avait affaire au roi, il prit peur.
Il voulut s’enfuir mais le roi parvint à lui prendre son bracelet.
Il se rendit dans la chambre de Madou Fooré et lui conta sa mésaventure.
Madou Fooré lui dit «Garde ton sang-froid, ne te trouble pas, veille sur Aisé car je sors un moment.»
Madou Fooré gagna la brousse où il rencontra une lionne allaitant ses petits.
Il captura deux des petits et les amena vivants à la maison.
Très tôt le matin, le roi fit battre son tambour pour retrouver son maraudeur.
Tout le village, bon gré mal gré, répondit à l’appel du roi.
Le bracelet alla de bras en bras sans convenir à aucun.
Une vieille femme se leva alors de la foule et dit «Roi, tu as convoqué ton peuple, pourtant Les deux Madou sont absents, pourquoi cela ?»
Le roi ordonna qu’ils soient appelés à l’instant même.
Les deux Madou arrivèrent en costumes de fête. Madou Fooré portait deux lionceaux sous les bras : c’était pour prouver qu’il était courageux. Quand ils s’approchèrent de la foule, le roi prit peur devant les lionceaux.
«Père, tu n’es pas malin. Hier soir Madou Komé et moi voulions savoir lequel, de nous deux était le plus courageux.
L’un d’entre nous devait entrer dans la chambre du roi pour y laisser son bracelet et l’autre devait aller en forêt chercher deux lionceaux arrachés à leur mère (4).
Nous avons subi l’épreuve et chacun de son côté a réussi Père, déclare en présence de tout le monde, lequel est le plus brave de nous deux ?» Grand-père dit « Mes enfants, avec votre grand- mère, qui peut me dire lequel est plus dévoué que l’autre ? »

(1) Mouchoir de tète, foulard.
(2) Il s’occupait de Madou Komé.
(3) Dernière femme épousée.
(4) Une lionne défend sauvagement ses petits. II faut être très courageux pour les lui ôter.
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Date de création : 03/11/2006 @ 18:59
Dernière modification : 01/02/2010 @ 03:33
Catégorie : Contes Soninké
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