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icones/masque37.pngContes Soninké - Kaïfi

KAÏFI


Partout où tu vas dans ce monde tu entendras parler de Kaïfi.
Ainsi un jour Lamine quitta son pays et s’en alla de par le monde à la recherche de la signification de Kaïfi, même au prix de l’ultime sacrifice.
Il s’informa auprès des vieux de son village, des sages et des savants, mais il n’eut pas de réponse satisfaisante.
Il décida alors d’aller à travers le monde. Arrivé au premier village, il but assez d’eau et mangea beaucoup puis continua son chemin.
A la sortie de ce village, il arriva dans une grande clairière où il vit un boeuf maigre, sans chair sur le corps, se promenant tout seul avec la vigueur d’un jeune homme.
Le boeuf manquait d’eau et aussi de foin; cela étonna le jeune Lamine.
Il s’arrêta un moment et dit : «Est ce donc toi Kaïfi? Kaïfi dont parlent tant les vieux tous les jours : un boeuf maigre, sans chair sur le corps et se promenant tout seul avec douze flèches.
— C’est cela Kaïfi, mais tout de même je vais de l’avant.»
Il marcha, marcha et arriva dans une grande Forêt.
Là bas un autre boeuf s’y trouvait. Il était très gros et gras mais ne pouvait cependant pas marcher avec six flèches dans le corps.
L’eau et le foin ne manquaient pas. Lamine s’arrêta, le contempla et dit
«C’est cela Kaïfi?
J’ai vu un premier boeuf qui, avec douze flèches, se promenait aisément, allait au gré de sa volonté. Cependant, toi second boeuf, qui ne portes que six flèches et qui fais montre de tant de vitalité et de jeunesse, ne peux-tu pas marcher ?»
Le boeuf refusa de lui répondre; Lamine ne s’en offusqua pas, il continua sa route.
Il arriva aux bords de trois puits rangés, le premier et le troisième avaient une eau potable et intarissable, mais celui du milieu était si complètement à sec qu’on ne pouvait trouver quoi que ce soit pour laver un visage d’enfant.
Lamine s’arrêta aux bords des trois puits, tout étonné, l’air ahuri; après un bon moment il dit:
«Ce n’est plus Kaïfi mais une chose au-dessus de l’entendement humain.
Cependant je refuse de me déclarer vaincu, je poursuis mon chemin.»
Il allait de Kaïfi en Kaïfi, quand il rencontra sur son chemin un vieillard aux cheveux mi-blancs, mi-noirs.
Ce vieillard se reposait sous un soleil torride ayant sur lui douze couvertures.
Lamine le salua et lui demanda pourquoi il utilisait douze couvertures sous un soleil si accablant ?
« Mon fils, lui répondit le vieillard, depuis sept ans je grelotte sous le soleil, je n’ai jamais connu la chaleur. »
« Voilà le Kaïfi, se dit Lamine. C’est toi que je cherchais depuis plusieurs années. Alors que tout lé monde transpire, toi tu trembles sous tes douze couvertures.
— Va encore de l’avant mon fils, tu verras Kaïfi non loin d’ici. Il est mon père.»
De Kaïfi en Kaïfi, Lamine arriva dans un village où se trouvait un murunté (1) avec des cheveux tout blancs comme du coton (ou du kapok). Le murunté reçut Lamine. A le voir on le prendrait pour le plus vieux du village.
Lamine le salua et lui dit:
« J’ai quitté mon pays depuis plusieurs années et suis à la recherche de Kaïfi.
Maintenant Dieu m’a satisfait. Je vous demande la signification de tout ce que j’ai vu en chemin.»
Le murunté lui dit que cela n’était pas un problème.
« Le premier boeuf que tu as vu est le symbole du bon roi dont le peuple vivra toujours dans le bonheur.
Le second boeuf est le signe du malheur, de la faim. Que Dieu t’en préserve. Son peuple ne connaîtra jamais la jouissance.
Les trois puits t’apprennent à te méfier des démêlés des grands, de peur d’être obligé de ramasser les pots cassés.
L’homme aux douze couvertures sous un soleil accablant exprime qu’un affamé vieillit vite.
Ainsi mon fils, Kaïfi n’est rien, retourne chez toi, ne sois plus émerveillé. Reçois en sage les évènements que la vie t’apportera.»
(1) Homme non circoncis.
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Date de création : 03/11/2006 @ 21:08
Dernière modification : 01/02/2010 @ 05:31
Catégorie : Contes Soninké
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