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icones/masque39.pngContes Soninké - La bonté de modi

LA BONTÉ DE MODI


Il y a de cela très, très longtemps vivait à Baxa-Baxa un chasseur du nom de Modi.
Ce chasseur était très réputé parce que adroit et, de surcroît, il ne mangeait jamais seul la chair de l’animal sauvage qu’il abattait.
Un jour, comme d’habitude, il emprunta un chemin quelconque menant à la brousse.
Il rencontra sur sa route un vieux lion très fatigué.
Il ne pouvait marcher à cause d’une épine qu’il avait dans la patte.
Le lion l’interpella et lui dit «Homme, je voudrais te demander de m’aider à ôter cette épine de ma patte ».
Le chasseur ne posa aucune condition, il l’aida à repérer son épine qu’il ôta de la chair de sa patte. Le lion, très ému par ce geste, lui dit «Homme je ne dispose de rien maintenant et ne peux rien te promettre, mais la bonté divine est là pour apprécier à leur juste valeur nos actes. »
Ils échangèrent des bénédictions avant de se quitter.
Le chasseur continua son chemin qui le conduisit au bord d’un grand puits.
Trois bruits sortaient du puits et ne se confondaient pas.
Un bruit d’homme, celui d’une hyène et celui d’un serpent. Tous trois suppliaient le chasseur afin qu’il les aidât à sortir du puits pour retrouver la clarté du jour.
L’homme lui dit : «Homme, nous sommes de la même nature, aide-moi à sortir le premier du puits, et tu ne regretteras rien car tu auras de l’or et beaucoup de diamants.
Je m’engage à satisfaire tous tes désirs.» L’hyène à son tour lui dit «Chasseur, faites-moi sortir de ce puits. Je n’ai rien et ne peux en conséquence vous promettre quelque chose. »Le serpent (vipère) de son côté lui dit qu’il n’avait rien à lui donner mais que Dieu était là, tout puissant, tout grand. Le chasseur aida d’abord son semblable à sortir du puits pour retrouver la lumière de l’astre du jour.
Sorti du puits, celui-ci s’empressa de rentrer chez lui sans remercier le chasseur et, à plus forte raison, sans lui remettre l’or et le diamant promis. Modi ne se découragea pas et ne prit pas prétexte de l’acte de son semblable pour refuser son aide
Il prêta main-forte à l’hyène pour la sortir du puits. Celle-ci le remercia chaleureusement avant de s’en aller.
Ensuite il tira la vipère du puits.
Celle-ci aussi le congratula beaucoup en lui disant «Homme, je te remercie amicalement mais sache que tu t’es fait un grand tort en sortant du puits ton semblable.»
Ce jour-là, le chasseur, très content, ne tira aucun coup de fusil. Il revint à la maison.
Des mois et des années se sont écoulés et Modi ne se rappelait plus les services rendus.
Une nuit qu’il dormait arriva un lion qui le réveilla et lui dit alors
«Modi, au cours de ma battue, j’ai tué cette biche que j’ai jugée digne de toi »
Il recommença le même acte maintes fois.
Une autre fois arriva une hyène qui réveilla Modi de son sommeil et lui dit
«Modi, au cours de ma promenade nocturne j’ai ramassé ce sac ; j’ignore ce qu’il contient, Mais je pense qu’il doit être utile pour l’usage des êtres humains »
Modi ne fit pas attention aux propos tenus par l’hyène ; il jeta le sac dans sa caisse et s’endormit de nouveau.
Quelques jours plus tard, le roi battit le tam.tam pour annoncer le vol de son or.
Tout le monde vint répondre à l’appel du roi mais il ne put mettre la main sur son voleur malgré les fabuleux cadeaux promis.
Modi, de retour chez lui, ouvrit sa caisse, enleva le sac, le détacha et y trouva beaucoup d’or. Pris de peur, il convoqua sa femme Kaïja et lui dit:
«Kaïja, le sac que l’hyène m’a remis contient sûrement l’or du roi.
Je te demande de n’en parler à personne sans quoi on nous tuera »
Modi eut à peine fini de donner son conseil que Kaïja sortit pour aller informer son amie. De bouche en bouche, la nouvelle parvint à l’homme que Modi avait tiré du puits.
Cet homme n’attendit pas il courut informer le roi
«Roi, c’est Modi qui a volé ton or ; je l’ai appris de la bouche de sa propre femme Kaïja.» Aussitôt ces mots prononcés, le roi convoqua Modi chez lui.
En se rendant chez le roi, il trouva sur son chemin une vipère.
Il voulait passer, incognito pour éviter d’être mordu par le serpent mais celui-ci lui dit «Tu vas certainement vers ta mort, mais je me rappelle que tu m’as sauvé de la mort une fois. Mets-moi dans ton sac, tu me déposeras à l’entrée de la maison du roi.
Au moment où on sera en train de te menacer, je viendrai mordre le fils du roi.
Le roi perdra son sang froid, il convoquera tous les guérisseurs du pays, mais aucun d’eux ne pourra soigner le fils du roi.
Si on te sollicite, tu diras
« Je peux soigner le fils du roi mais cela ne va pas « sans la langue d’un rapporteur.»
Quand Modi arriva au village, on décida de le tuer; au même moment résonna le tam-tam annonçant le mariage du fils du roi. Comme on lavait les pieds et les mains du nouveau marié pour la chambre nuptiale, un serpent se faufila entre eux, mordit le fils du roi et s’enfuit.
Le fils du roi se coucha et mourut raide. Affolée toute la foule se dispersa.
Pendant ce temps, le roi oublia son voleur car il lui fallait essayer, vaille que vaille, de sauver la vie de son fils.
Les grands guérisseurs, les féticheurs, les marabouts se réunirent chez le roi mais leur science ne pouvait être efficace pour le fils du roi. C’est alors que le griot dit : « Pourquoi ne pas solliciter l’étranger.»
Alors, on consulta Modi aussi. Il dit:
«Je peux guérir le fils du roi aujourd’hui même, mais je ne le peux sans la langue fraîche d’un rapporteur
Le griot lui répondit « Quel rapporteur cherches- tu encore?
L’homme qui est venu te rapporter au roi est là.» Modi avait rendu à cet homme un service dans le temps.
L’homme cria et avança beaucoup de propos; malgré tout cela, on le tua.
On lui enleva de la bouche la langue qu’on tendit à Modi.
Celui-ci la pila avec quelques feuilles d’arbres. Il en frotta tout le corps du fils du roi qui se redressa et respira beaucoup.
Toute la foule s’étonna.
Devant ce miracle, le roi devint très content, il donna à Modi de l’or, du diamant et du bétail, le remercia beaucoup car il fut le guérisseur de son fils.
Ainsi tu dois avoir dans l’esprit qu’un bienfait n’est jamais perdu et que la punition d’un ingrat n’attend pas toujours l’au-delà.
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Date de création : 03/11/2006 @ 21:12
Dernière modification : 01/02/2010 @ 07:22
Catégorie : Contes Soninké
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