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icones/masque34.pngContes Soninké - Les aventures de Gara Koutaana

LES AVENTURES DE GARA-KOUTAANA


Autrefois, vivait un roi très riche, puissant et jouissant d’une grande renommée dans le monde entier
Il était si fier de lui-même qu’il se comparait au soleil
A la même époque, un homme du nom de Boutyé Nambaranté (1) menait une vie de prince dans le nord du royaume.
Ce dernier eut un seul fils auquel il donna le nom de Gara Koutaana (2)
Gara Koutaana grandit. Nambaranté Boutyé, sentant sa mort prochaine fit venir son fils et lui dit
«Mon fils, il ne me reste plus longtemps à vivre ici-bas, car aucun homme ne peut vivre, et son temps et celui de ses fils.
Pour tout héritage, je te laisse un cheval et un lingot d’or.
Je te les remets, mais je voudrais que tu fasses mieux que moi dans tous les domaines.
Mon fils, ne sois jamais l’ami de la vérité.
Garde à l’esprit ce principe la vérité à beau courir, le mensonge la rattrapera.
Ce n’est pas par hasard que je t’ai donné le nom de Gara Koutaana. L’expérience de la vie te le fera comprendre un jour.
Le jour où tu me trahiras, tu mourras.»
A peine Nambaranté Boutyé prononça ces mots qu’il mourût. Gara Koutaana lui succéda.
Chaque jour, il donnait à manger à son cheval l’or que son père lui avait légué en héritage. Chaque fois que le cheval était rassasié, il produisait des excréments contenant intacts l’or qu’il avait avalé.
L’opération se répéta des jours, des mois et même des années, émerveillant tout le monde, même ceux qui feignaient l’indifférence. Gara Koutaana gardait ses secrets pour lui; cependant la rumeur parvint au riche et puissant roi.
Le roi se mit en colère et ordonna que Gara Koutaana lui soit amené immédiatement, ce qui fut fait.
Gara Koutaana, tremblant de tous ses membres, parce qu’il ne voulait pas livrer son secret, fut amené devant le roi, qui lui dit
«Gara Koutaana, je t’ai convoqué aujourd’hui pour te demander de me céder ton cheval contre une forte somme.»
«O roi, je ne peux pas vendre mon cheval, car c’est le seul héritage qui me vienne de mon père. Que Dieu ait pitié de lui, que son âme repose en paix parmi les fleurs du paradis.»
« Je te donne une centaine de tout ce que mon royaume a produit de merveilleux, si tu me cèdes ton cheval.»
«Ce que le roi décide doit être fait, je me résigne à te céder mon cheval; remarque cependant que je trahis mon père. Que Dieu ait pitié de son âme ».
Ils conclurent le marché. Gara Koutaana remit son cheval-sorcier et reçut une centaine de tout ce que le royaume avait de merveilleux. « Roi, si tu veux que ton cheval t’apporte beau coup d’or avec ses excréments, enferme-le un mois durant dans une chambre;
Tu lui donneras à boire et à manger par la fenêtre.
N’ouvre jamais la porte de la chambre car, comme tous les animaux nobles, il n’aime pas faire ses besoins devant quelqu’un.
Un mois après, tu pourras ouvrir la porte et tu ne découvriras que de l’or dans les excréments de ton cheval.»
Aussitôt dit, aussitôt fait, mais le morceau de bois a beau séjourner dans l’eau, il ne deviendra jamais caïman (3).
Le roi se fâcha et ordonna que Gara Koutaana soit ramené à sa cour, mort ou vif.
«Je lui montrerai que personne ne peut tromper le roi.»
Quand Gara Koutaana apprit qu’il était recherché par le roi pour escroquerie, il alla se confier à sa grand-mère
Ils préparèrent une nouvelle machination contre le roi.
Sa grand-mère porterait sous son boubou un sac rempli de sang.
Les gardes du roi conduisirent Gara Koutaana et sa grand-mère chez le roi.
Ie roi parla ainsi « Gara Koutaana, tu me restitues à l’instant même mes biens ou je te fais décapiter.»
Le roi était très irrité.
La vieille femme s’approcha de la corde en trottinant et dit
« Roi, cet enfant que tu vois, est maudit par son père; aussi est-il rejeté par tout le monde dans le pays.
Je te demande alors de lui infliger une correction qui sera un exemple pour tout le peuple.» Au moment où l’on s’y attendait le moins, Gara Koutaana donna deux violents coups de couteau dans le sac caché sous le boubou de sa grand- mère.
La grand-mère fit semblant de tomber raide morte;
Tout son corps baignait dans le sang.
Le roi se leva et toute l’assistance eut peur ; i déclara:
« Gara Koutaana, à ton premier crime, tu viens d’en ajouter un deuxième plus grave encore, avec la mort de ta grand-mère. »
« Roi, je possède un pouvoir qui étonnera tout le monde
Je peux ressusciter un cadavre de dix ans. Je vais vous le prouver tout de suite.
Je vais redonner la vie à cette vieille femme en présence de tout le monde »
Le roi, très étonné, demeura un moment perplexe.
Koutaana demanda qu’on lui apporte un balai neuf et une calebasse neuve, non encore utilisé par une femme, remplie d’eau potable. Tout lui fut apporté. Gara Koutaana plongea le balai dans l’eau de la calebasse en psalmodiant des paroles mystérieuses
«J’ai hérité mon mensonge de mon père Nambaranté Boutyé qui l’avait eu de son père Tonwuta Boutyé (4). Ils avaient comme règle de conduite: La vérité a beau courir, le mensonge la rattrapera ».
Il lava le visage de la vieille femme.
Elle se réveilla et éternua trois fois «He tisso He tisso! He tisso !»
La foule s’émerveilla un long moment. Le roi dit : «Personne ne mourra désormais dans mon pays.»
Il gracia Gara Koutaana pour son premier crime et lui demanda de lui vendre son balai et sa calebasse magiques.
Le roi tempêta en entendant la réponse de Gara Koutaana:
«Roi, je ne peux céder ces objets de peur de mécontenter mon père. Que son âme repose en paix dans les merveilleux jardins du paradis.» Il se dit à lui-même
«La vérité a beau courir, le mensonge la rattrapera.»
Le roi lui fit la proposition suivante qui consistait à lui céder les deux tiers de son royaume en contrepartie des objets magiques.
«Roi, je ne peux contrecarrer tes désirs.»
Trois mois plus tard, le roi fit battre le tambour. Le peuple sortit de partout et se rassembla sur la grand-place; le roi déclara
«Vous tous, femmes, filles et hommes, je tiens à porter à votre connaissance qu’en plus de mon pouvoir, je possède désormais autre chose; Il s’agit de cette calebasse et de ce balai magiques, qui ont la puissance de ressusciter un cadavre de dix ans.
Nous n’aurons plus à pleurer nos morts dans mon royaume:
Et pour vous montrer à l’instant même l’efficacité de ces objets, je vais tuer quelques membres de ma famille et leur restituer ensuite la vie.»

koutana.jpg

Aussitôt dit, il tua son fils aîné, sa mère, sa jeune épouse (5) et bon nombre de ses gardes. On ne saurait d’ailleurs dénombrer ceux qui furent victimes de ses crimes.
Il frotta tous les corps avec l’eau contenue dans la calebasse
Il ne put en réanimer un seul et reprit l’opération deux fois, trois fois, quatre fois. A la fin, il perdit tout espoir et se rendit compte qu’ils étaient morts pour toujours.
Le roi s’affola, se jeta par terre en criant fort et en implorant le «tout puissant» qui resta sourd.
Le roi ordonna que Gara Koutaana lui soit ramené, les mains et pieds liés, mort ou vif, et qu’il soit jeté dans le fleuve.
Ramené, Gara Koutaana fut conduit vers le fleuve.
Tout en marchant, le fils de Nambaranté Boutyé ne cessait de distraire les gardes chargés de le conduire à l’endroit le plus profond du fleuve. Gara Koutaana dit : il y a une vache sauvage qui vous regarde. »
Les gardes répondirent que même si c’était un cochon, lui ne s’échapperait pas.
Il continuèrent leur marche; plus tard, le petit- fils de Karaba Karaba dit en criant:
«Voici une biche avec de l’or dans les oreilles» cette fois-ci, ce n’était pas un mensonge, c’était la vérité.
Ils déposèrent Gara Koutaana pieds et poings liés, et prirent la biche en chasse.
«Non, je le dis et le répète, je ne trahirai jamais ma parole.
Jamais je ne serai roi, jetez-moi à la mer, je ne peux trahir ma parole.»
Ainsi se lamentait Gara Koutaana.
Un peuhl de passage l’entendit et marqua un temps de réflexion.
Il se demandait qui pouvait bien se lamenter ainsi, un diable ou un être humain?
«Qui que ce soit, je saurais si c’est un mort ou un vivant.»
Il se dirigea vers l’endroit où se trouvait Gara Koutaana.
Celui-ci continuait ses lamentations, feignant d’ignorer la présence du peuhl qui le regardait pourtant.
«Non! Je ne serai pas roi, je vous le dis.
Si vous voulez me jeter dans le fleuve, je resterai au moins Gara Koutaana.»
Le peuhl, qui ignorait tout, s’approcha de Gara Koutaana et dit:
«Un soninké ne peut être qu’un soninké, connaissant seulement son baudet, alors il mourra dans la pauvreté.
Quand à moi, mon jour de salut a pointé;
Mon rêve devient une réalité ; on le dit un seul geste de Dieu vaut mieux que toutes les bontés humaines réunies.»
Le peuhl aida Gara Koutaana à se débarrasser de ses liens et se substitua à lui.
Gara Koutaana enfourcha son cheval, s’empara de ses habits en se répétant;
«La vérité a beau courir, le mensonge la rattrapera.»
Gara Koutaana bien à l’aise sur le cheval, poursuivit la biche, la rattrapa et l’abattit.
Les autres, découragés, revinrent sur leurs traces, s’emparèrent du nouvel homme et prirent la direction du fleuve. Ce dernier dit:
« Dieu, je veux être roi moi, laissez-moi vivre pour vous montrer que je suis capable de bien gouverner. Jamais plus personne ne souffrira dans le pays.» Ils lui répondirent
« Que tu parles bambara ou maure, tu seras jeté à l’eau aujourd’hui.»
Il s’expliqua, implora de toutes ses forces ; on le jeta dans le fleuve à l’endroit le plus profond.
Quand le roi apprit que Gara Koutaana avait été jeté dans le fleuve il fut très satisfait de s’être vengé.
Quand il s’agit de richesses, ne fais confiance à personne, même aux rois, car ils ont un esprit de poule (6)
Alors que le roi oubliait, Gara Koutaana ourdis sait un autre complot contre lui.
Il mit ses plus beaux habits, chaussa ses plus belles sandales et se para d’une belle coiffure multicolore.
Il monta un beau cheval et arriva chez le roi.. Son voyage se fit sans incident ; il dit
« La vérité a beau courir, le mensonge la rattrapera.
Roi que j’aime et respecte, pourquoi les gens ont-ils peur de la mort?
Je viens du pays des morts. Je te le dis, rien n’existe de mieux que cet endroit.
Seuls des rois doivent y vivre.
Roi, ton fils aîné, ta jeune épouse, ta mère et tous ceux qui te sont chers reposent là-bas dans les beaux jardins du paradis.
Là-bas les arbres sont toujours fleuris, les palais à étages dorés, la poussière y est inconnue; Toutes les belles femmes y vivent ; aussi je ne peux rester longtemps et dois m’acquitter d’une commission que m’a confiée ton père.
Il me demandait de te remettre cet or et d’insister pour que tu viennes lui rendre visite dans son royaume (7)
Le roi se décida à partir à l’instant même. «Captifs, creusez un profond trou ; j’y descendrai et ensuite, vous le remplirez d’herbes et de bois secs
Vous y mettrez du pétrole, avant d’y mettre le feu.
Quand à toi Gara Koutaana, je te confie tout mon pays, à toi seul. Je le répète ; que cela soit clair pour tout le monde »
La volonté du roi fut accomplie. Du trou s’échappèrent des cris dé douleur, de regret et des crépitements d’os.
Personne n’osait s’approcher du trou, tellement la chaleur et les flammes étaient grandes.
Ainsi le roi eut une fin atroce, au su et à la vue de tous, parce qu’il avait prétendu qu’il obtiendrait tout, par n’importe quel moyen. C’est ainsi que Gara Koutaana et sa grand-mère accédèrent à la haute magistrature du royaume.


(1) Boutyé l’escroc
(2) Le menteur
(3) Crocodile; le proverbe indique que le roi s’est aperçu de la tromperie.
(4) Boutyé le véridique.
(5) Dernière épouse.
(6) Image pour quelqu’un d’un peu sot qui ne sait pas profiter de son expérience.
(7) kan : maison.
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Date de création : 03/11/2006 @ 21:57
Dernière modification : 01/02/2010 @ 10:52
Catégorie : Contes Soninké
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