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L’HÉRITAGE
Moi, Sokona Tounkara, actuellement installé à Ballé, vais narrer ce conte pour mes enfants et mes petits-enfants. Je le tiens de la bouche de mon père, celui-ci le tint de celle de son père, ce dernier de celle de son père «Mon fils, il ne me reste que peu de temps à vivre dans ce monde mais avant de disparaître, je voudrais te laisser un trésor plus précieux que tout C’est ma sagesse. Cette sagesse, je l’ai reçue de mon père. Mon fils, les préceptes dont je dispose, les voici ils me sont très précieux Ta vie durant, ne te confie pas à une femme, fusse-t-elle ta mère Ne t’endette pas chez un commerçant, quels que soient vos rapports Ne lie jamais amitié avec un homme au pouvoir.» Tels étaient les voeux qu’adressait un père à son fils quelques mois avant sa mort. ![]() L’enfant observa un certain temps les recommandations de son père mais la tentation a toujours été plus forte que la patience de l’homme. Aussi, se dit-il, pourquoi mon père m’a-t-il interdit ces choses-là, avant sa mort? Je me demande si elles peuvent être cause de malheur. Mais ne dit-on pas qu’il faut secouer l’arbre pour savoir ce qu’il cache. Aussi vais-je aujourd’hui agir ainsi en acceptant la responsabilité de tout ce qui s’ensuivra. Je vais de ce pas chez mon ami Bakary, le plus grand commerçant de tout le village pour lui demander un prêt de quatre mille francs.» Dès lors l’enfant se mit à vérifier tout ce qu’il avait respecté du vivant de son père. «Bakary, dit-il, notre amitié ne date pas d’aujourd’hui, c’est pourquoi je me présente à toi ce matin de si bonne heure afin que tu me fasses un prêt de quatre mille francs, pour l’achat d’une hache.» L’ami lui dit : «Pour une somme si minime, tu ne devais pas t’imposer un déplacement. Tu aurais pu la recevoir par l’intermédiaire d’une tierce personne venue en ton nom.» C’est ainsi que lui répondit 1 commerçant. Tounkara fut très content de l’accueil amical que lui avait réservé Bakary Il partit vérifier le second précepte de son père: Un jour, après le labour, il dit à sa femme Sitan «Donne-moi ma hache, je vais en brousse chercher du bois mort pour la cuisine.» Avant de partir il tailla sept mètres de tissu blanc. Quand il arriva en brousse, il coupa une branche d’arbre, l’enveloppa dans un linceul. Il faisait nuit quand il arriva au village. La femme dit «Ne reste pas si longtemps en brousse, le travail est indispensable mais le repos aussi est nécessaire pour l’homme.» «Ma femme, tu sais que ce n’est pas dans mes habitudes de rentrer tard à la maison, mais aujourd’hui, alors que je coupais du bois, arriva un brigand qui me provoqua et me chercha querelle. Je me retenais, mais il m’énerva et d’un coup de hache, je l’ai tué. Son corps repose dans ce linceul en attendant que nous l’enterrions dans la chambre d’à côté(1). Je te demande de garder un silence total là-dessus, car tu es la seule à en être informée. Nous nous tairons là-dessus Sitan, sinon au moindre bruit ou nous tuera.» «Mais les hommes ne comprennent-ils donc jamais Pourquoi ne faites-vous pas confiance à vos femmes? Le monde a connu des femmes braves. Mon mari, je te promets aujourd’hui que même les poutres qui soutiennent la maison ne se douteront de rien, à plus forte raison, une personne étrangère à ce secret.» C’est ainsi que Sitan rassura son mari- «Pourquoi mon père me conseilla-t-il alors, de ne pas avoir confiance en une femme, même ma mère ; ma femme vient de prouver que cela est faux.» Le lendemain, le jeune homme se rendit dans son champ de bonne heure. Sa femme lui apporta son repas à midi. Traditionnellement et chez les gens importants, le mort est enterré dans la concession, pour qu’il repose tranquille. Ce jour-là, elle n’était pas disposée à travailler avec son mari et avait hâte d’aller raconter à d’autres la mésaventure de celui-ci. «Non mari, dit-elle, je suis malade, excuse-moi car mes nains ne sauraient tenir une houe aujourd’hui.» «‘Va ‘vite à la maison, prends un médicament qui adoucira tes maux, tâche de rester tranquille.» Le mari lui dit cela très sérieusement, Sitan revint à la maison, prit sa quenouille et du coton et rejoignit sa voisine dans sa maison. Celle-ci l’aida à filer son coton, comme l’exige la coutume du pays. Sitan hésita un bon moment, mais elle se dit : je vais conter la mésaventure de mon mari à mon anile seulement «Binta, j’ai quelque chose de très confidentiel à te dire Hier un brigand s’attaqua à mon mari alors qu’il coupait du bois; Après un long combat, mon mari eut raison de lui; d’un coup de hache il lui brisa la cervelle. Son corps est caché chez nous puisque nous ne savons comment l’enterrer. Je te demande de ne mettre personne d’autre dans le secret.» Binta lui dit «Sitan, depuis dix ans nous vivons ensemble et cela ne te suffit pas pour me faire confiance. Tu peux rester tranquille car cette nouvelle ne franchira pas le seuil de ce vestibule. » Sitan, à peine sortie, n’a même pas atteint le seuil de leur vestibule que son amie informe sa voisine, insistant sur le fait qu’elle ne doit raconter la chose à personne d’autre. En moins d’une journée, la nouvelle gagna les quatre coins du village. Les autorités du village, sans vouloir rien comprendre, se mêlèrent à l’affaire et l’homme fut mis aux arrêts. C’est son ami lui-même qui l’arrêta. Quand la nouvelle parvint aux oreilles du commerçant, il alla rejoindre tout essoufflé les autorités du village, et leur dit «Messieurs, vous qui faites régner la justice, je vous demande de retirer à cet homme criminel mes quatre mille francs avant son jugement. Il1es avait pris à crédit, voici plusieurs années Je vous en remercie beaucoup. C’était mon ami, mais à aucun moment je n’ai pensé qu’il pouvait tuer un homme pour si peu de choses. Comme l’être humain peut être méchant !» L’homme demanda aux autorités de l’interroger sur les motifs qui avaient pu le pousser à agir ainsi. Dès qu’il eut parlé, les autorités du village se rendirent chez lui, ouvrirent la porte de sa chambre, défirent le linceul où ils ne trouvèrent qu’un morceau de bois. Les autorités du village voulurent lui faire peur puis lui demandèrent «Pourquoi as-tu agi ainsi ?» « Messieurs, c’est pour voir l’efficacité des dernières recommandations de mon père, car avant sa mort il m’avait conseillé, avec insistance ceci « N’aie jamais confiance dans une femme, fusse-t elle ta mère Ne t’endette jamais chez un commerçant quelles que soient les difficultés du moment Ne lie jamais amitié avec un homme du pouvoir.» Ce morceau de bois dans un linceul fut présenté à ma femme. J’ai insisté auprès d’elle ; malgré cela, elle en informa sa voisine et la nouvelle finit par vous atteindre. Mon meilleur ami vint m’arrêter sans me laisser m’expliquer. Ce qui domina chez le commerçant mon ami fut son argent au lieu de notre amitié. Je n’ai pas écouté mon père, je ne l’ai pas respecté, je me trouve entre deux feux (1) aujourd’hui. L’enfant peut sauter sur ses excréments mais il ne doit pas outrepasser les conseils de son père.» (1) Idée de choix et de danger. Date de création : 03/11/2006 @ 22:05 Réactions à cet article
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