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MARIHERI. DE DIONKOLONI Il y a de cela plus de deux cents ans, et à cette époque, Biton Koulibali dominait de vastes domaines s’étendant au bord du grand fleuve Niger. A cette époque, une grande sécheresse sévissait dans tout son royaume; L’eau manquait. Pour remédier à cette pénurie d’eau, il décida de faire creuser un grand puits aux endroits où l’eau serait potable et abondante. Après avoir consulté les féticheurs et les marabouts, et sacrifié plusieurs boucs, un premier puits fut creusé près de Ségou sa capitale. Cependant, le roi ne devait pas vivre longtemps après le creusement Sentant sa mort prochaine, il confia les travaux à ses enfants. Au cours du creusement du puits par les enfants, un complot fut ourdi contre Marihéri. Sa mère était une esclave peuhl du nom de Malado; L’enfant s’appelait encore Mari Malado, fils de Malado; Les mères de ses demi-frères étaient des femmes nobles. Ses frères le jalousaient, craignant d’avoir à partager un jour le pouvoir avec lui. Une seule solution était à leur portée ils devaient tuer celui qu’ils considéraient comme un usurpateur. Mais le travail auquel tout le monde devait prendre part, seuls Marihéri et les esclaves le faisaient. Les demi-frères ne s’occupaient que de la surveillance des travaux. Marihéri était d’une très grande bonté, ce qui lui valut sans tarder l’estime et l’affection d’un vieil esclave Il partageait son repas avec ce dernier, qui devint son conseiller. Celui-ci le tirait de mauvais pas chaque fois que l’occasion se présentait A chaque rencontre le vieil esclave lui disait . «Fais des parois au puits, parce que ce puits pour rait être ta tombe. » Il écoutait attentivement les conseils du vieil esclave. Un jour, Marihéri découvrit une grosse pierre au fond du puits. Il s’empressa aussitôt d’en informer son ami Celui-ci lui répondit «C’est cette pierre qui sera cause de ta mort ; méfie-toi maintenant.» Le complot était dévoilé. «Un jour, ils vont te donner une corde pour que tu fasses sortir la pierre. Tu te cacheras dans une des parois que tu as creusées, car lorsque la pierre aura atteint un endroit précis, ils couperont la corde, et la pierre te tombera dessus pour te tuer Après cela, ils t’appelleront trois fois, ne leur réponds pas. Ton père informé de ta mort viendra sur les lieux, il t’appellera trois fois, ne lui réponds pas. Ensuite, moi je t’appellerai trois fois, tu ne me répondras qu’au troisième appel » Ce qui fut dit, fut fait. «Marihéri, Marihéri, Marihéri», était le troisième appel que fit le vieil esclave. «Oui», lui répondit Marihéri caché dans la paroi, il dit «Je ne suis pas mort, je suis bel et bien vivant.» C’est ensuite que le père, après un moment de réflexion, ordonna aux captifs de descendre au fonds du puits de faire sortir son fils. Ils descendirent pour faire sortir Marihéri et celui- ci revit la lumière du jour Il fut lavé par les femmes esclaves présentés sur les lieux. Du puits, jusqu’au vestibule de son père, Marihéri marcha sur des pagnes étalés par de charmantes jeunes filles. Cependant le père ne devait pas vivre longtemps après cet incident Sachant sa mort prochaine, et se rendant compte des menaces qui allaient peser sur son fils, il les réunit tous et leur parla. Il confia la garde de Marihéri à Sinto, l’un de ses esclaves. Ce dernier devait amener Marihéri en un lieu où il n’aurait rien à craindre. Sinto lui promit d’amener Marihéri à Banankoro auprès du roi Baba. Pour le voyage, Sinto reçut mille sept cents fusils, mille sept cents chevaux et mille sept cents esclaves. Ils partirent pour Banankoro et le roi Baba leur offrit asile. Ils s’installèrent à Sintola; là aussi on fit creuser un puits par des esclaves. Ce puits porta le nom de Dionkoloni ou puits des esclaves. Dans toute la contrée de Banankoro la richesse et la puissance provenaient du puits de Koumbi (1) on offrait à ce puits une jeune fille, tous les sept ans sept mois, sept jours. Au moment de ces offrandes, Marihéri alla trouver Baba au bord du puits avec un poulet blanc, un taurillon noir et de la semoule blanche (2) Il demanda à les sacrifier pour qu’il devienne un jour un grand guerrier, qu’il acquière une bonne renommée et que ses exploits ne soient jamais oubliés. Baba s’efforça ce jour-là d’exaucer les voeux du jeune homme, malgré ce contretemps dans l’accomplissement des rites traditionnels. Tout cela s’était déroulé en présence de Sinto. Les années se succédèrent, Marihéri grandit, devint puissant et eut une grande renommée. Tous ses voeux en fin de compte étaient réalisés. A la même époque, une lutte éclata entre les peuhls à l’Est, peut-être dans le Macina. Djigué, chef guerrier peuhl, chassé, s’enfuit à la recherche d’un asile sûr à Dionkoloni. Après Sana et Sanaka, il arriva à Dionkoloni. Là-bas, il fut accueilli et hébergé par Marihéri pour la seule raison que sa mère était une peuhle et l’étranger ne pouvait être qu’un oncle maternel. Djigué s’installa à Tolomandia sur les conseils de Marihéri, mais malgré tout, les ennemis ne désarmèrent pas. Ils se signalèrent de loin. A leur approche, Djigué se réfugia de nouveau à Dionkoloni. Peu après, une délégation vint voir Marihéri et lui dit: «Au cours de notre battue, une de nos pintades fatiguées est venue se réfugier chez toi ; nous sommes venus à cause d’elle. Nous te prions de nous la rendre ; dans le cas contraire, une guerre est inévitable.» Marihéri leur répondit : «Je ne l’ai pas acceptée chez moi en comptant sur mes guerriers ou pour essayer de créer un différend entre nous, mais les peuhls sont mes oncles. Je vous demanderai en tant que votre neveu de m’accorder cette seule faveur ». Les peuh refusèrent tout compromis possible. Ils se rencontrèrent par trois fois mais sans pouvoir s’entendre ; Marihéri leur présenta son sabre, ce qui signifiait une déclaration de guerre. Les peuhls n’étaient pas stupides; ils jetèrent un mauvais sort dans le puits de Dionkoloni. ![]() Le combat eut lieu et fut terrible; la chance ne sourit pas à Marihéri. On le transporta blessé et on le déposa aux portes de Dionkoloni. Dionkoloni fut détruit de façon désastreuse. Les peuh voulurent achever Marihéri et le dépouiller de ce qu’il portait. Ils se heurtèrent à une opposition acharnée de ses guerriers. Les combattants peuhls et ceux de Dionkoloni continuèrent à se battre, de Kényéfindo jusqu’à Maribougou, n’épargnant rien sur leur passage. Ils détruisirent aussi Sintola au passage, de triste façon. Pendant tout ce temps, Marihéri blessé restait étendu. Les femmes se joignirent aux hommes pour le combat. L’une d’elles, plus sensible, se rendit auprès de Marihéri, lui arracha un lambeau de son boubou et prit le chemin du village, en disant toute vexée: «Nous avons mangé ensemble le pain de singe (3) et le tamarin (4) ; nous sommes devenus des esclaves maures. Qu’a fait Marihéri? On lui reproche d’être captif. Nous sommes tous des captifs comme Marihéri.» Alors toutes les femmes vinrent déchirer un morceau de son boubou et portèrent le deuil. Pendant tout ce temps; Marihéri blessé, était étendu.. Le soir, il reçut un coup de couteau, ce qui le tira de son évanouissement. Péniblement il se leva et marcha doucement vers Bougoula où résidait sa soeur Téné. En chemin, il rencontra des captifs à Tominikoro. Il les envoya chez sa soeur pour la sommer d’ap porter un canif et de la graisse d’autruche parce que ses pintades lui avaient échappé et qu’il faudrait qu’il les rattrape. les captifs allèrent chez sa soeur et rapportèrent les objets demandés à Marihéri. Marihéri continua son chemin et trouva les peuh en train de prier. lI les extermina tous sans pitié. C’est ainsi que Djigué, chef guerrier peuhl qui s’était réfugié à Dionkoloni, fut sauvé. Dionkoloni devint un grand village, Marihéri en devint le chef. Il fut écouté par tout le monde, ses captifs le vénérèrent comme Alla Récit recueilli auprès de Sokhona Tounkara, griotte vivant actuellement à Nara. (1) Nom de l’ancienne capitale de l’empire du Ghana ou Wagadou. (2) Couleurs symboliques. (3) Fruit du baobab. (4) Fruit du tamarinier. Date de création : 03/11/2006 @ 22:24 Réactions à cet article
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