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DES CICATRICES MALENCONTREUSES
Ecoutons l’histoire d’un chasseur et d’un voleur. Comme son travail était dans la brousse, ce chasseur quitta la ville, en emmenant sa femme et ses enfants ; il vint dans la brousse et défricha un terrain. Il l’entoura d’un enclos et il construisit sa case. Il y demeura, il allait chasser des animaux ; il chassait et il en mangeait une partie, il chassait et il en vendait d’autres. Or il y avait un voleur, qui avait fait des ravages en ville, d’une manière exagérée. On l’ex pulsa ; le chef l’expulsa. Il partit en brousse et il alla se présenter chez le chasseur «La paix soit avec vous.» Le chasseur lui répondit «Avec vous la paix, sois le bienvenu. — Merci. — Sois le bienvenu. — Merci.» Après les salutations habituelles, il dit au chasseur «Je suis venu vers toi avec de bonnes intentions.» Le chasseur lui dit «Que Dieu exauce tes bonnes intentions.» Le voleur reprit «Notre métier est le même, nous sommes tous les deux chaussés de sandales, chasseur et voleur, c’est dans la brousse que nous trouvons notre butin.» Le chasseur lui dit : «Bien sûr. C’est vrai. Et que désires-tu? » Le voleur répondit au chasseur «Donne moi un endroit près de chez toi ; moi aussi je le défricherai, j’y ferai ma case et j’y demeurerai. Nous vivrons ensemble. — Bon. Es-tu capable de vivre avec moi ? Tu vois, j’ai des enfants qui sont tout petits. Bon. Si des gens vivent ensemble, forcément ils se disputent, ils se fâchent, ils se brouillent.» Le voleur lui répondit «Bien sûr, j’en serai capable, et de nous deux il faut que l’un soit plus patient que l’autre. Le jour où je serai en colère, il faudra que je prenne patience.» Le chasseur lui répondit «C’est bien.» Ils restèrent ainsi. Le voleur allait voler, rap portait son butin et achetait de quoi manger. Le chasseur, de son côté, s’il y avait quelque bête qu’il eût chassée, l’apportait lui aussi et ils la mangeaient. Cela dura quelque temps. Puis le voleur lui dit «Toi, tu es sorti de ton plein gré et tu es venu t’installer ici dans la brousse. Mais moi, c’est le chef qui m’a fait sortir de force, qui m’a expulsé de sa ville, et qui m’a interdit d’y rester parce que j’étais voleur et malfaisant.» Le chasseur lui dit «C’est vrai. — Et moi, je vais te demander un conseil.» Le chasseur répondit : «C’est bien. Et à quel sujet ? » Le voleur lui répondit «Maintenant laisse-moi entrer chez le chef, puisque tu es mon voisin et mon conseiller. Si c’est bien, dis-le moi ; si c’est mal, empêche-moi de le faire. Pour moi, j’ai pensé dans mon coeur aller dans la demeure du chef, lui voler tous ses biens, lui voler aussi sa femme et revenir ici, et nous resterons ensemble ici dans la brousse. » Le chasseur lui dit «Non. Cela ne tiendra pas. Tu seras entré dans la demeure du chef, tu luj auras pris ses biens, tu auras pris sa femme et tu seras revenu ici. Bon. Mais cette brousse, elle est à lui, alors il vaut mieux que tu déménages et que tu repartes pour un autre pays, au loin. Vas-y, vole, emballe ton butin, repars et laisse-moi, et moi, chasseur, je mènerai ma vie misérable. » Le voleur lui répliqua : «Qu’est-ce que cela peut te faire ? Dès lors, partons ensemble dans ce pays-là. J’irai chez le chef pour lui voler tout ce que je pourrai. En fin de compte, je trouverai un moyen astucieux et je le volerai. Et toi, chasseur, tu reviendras commander dans son palais. Si tu es chef dans son palais, tu me prendras bien avec toi ? » Le chasseur fut pris alors du désir de devenir chef. Il lui répondit «Bon. Alors, si tu me fais devenir chef, je me reposerai de ma chasse d’animaux sauvages, si j’arrive à entrer dans le palais du chef et à devenir chef. Alors j’accepte. — Bon. C’est bien. — Et quel moyen as-tu?» Le voleur répondit «Le moyen, je le trouverai.» Le voleur attendit. C’était la nuit. Il prit son rasoir et il alla au palais du chef et il y pénétra. Les gens étaient en conversation, puis ils s’en dormirent. Il ouvrit la case du chef, fit de la lumière et regarda où était couché le chef. Il souleva la couverture du chef et il lui entailla la fesse gauche, de trois entailles, puis il sortit et s’en alla. Il retourna auprès du chasseur, et il lui dit «J’ai réussi mon stratagème. Eh bien ! D’ici trois mois, j’irai faire arrêter le chef, et je dirai que c’est un esclave de mon père. Il a, n’est-ce pas, quelqu’un qui lui a donné le pouvoir, nous irons nous en remettre à son jugement, et, si je gagne, si je le fais expulser de son palais, tu iras et tu y entreras. — Et moi, de mon côté, si on l’expulse et que j’entre ainsi dans son palais, moi je te prendrai avec moi. Tu viendras et tu voleras tout ce que tu voudras dans cette ville. Si l’on t’arrête et qu’on trouve chez toi le bien d’autrui, on le reprendra, mais si on ne le trouve pas, tu seras tranquille. — Bon, c’est bien.» Ils attendirent près de trois mois. Le voleur vint alors et alla chez celui qui avait donné le pouvoir au chef, et il le salua. L’autre le remercia. Puis il dit «Voici, tel chef, je me souviens bien de lui depuis mon enfance, c’est un ancien esclave de mon père. Bon. Ce chef, il n’est pas de famille royale, c’est un étranger. Dieu lui a donné la chance de gouverner cette ville. — Bon. C’est bien. C’est donc un ancien esclave de ton père? — Oui. — Et comment l’as-tu reconnu? » Il répondit «Moi, je le connais depuis mon enfance, j’ai vu sa figure et j’ai reconnu que c’était lui, mais quand je l’ai trouvé installé au pouvoir, je n’ai pas osé le dire jusqu’à aujourd’hui. — Bon, c’est bien. Nous allons le convoquer et l’interroger.» On convoqua le chef, devant tous les dignitaires qui lui avaient donné le pouvoir, ceux qui donnaient l’investiture aux candidats. Ils saluèrent le chef, puis ils lui demandèrent «Connais-tu cet homme ?» Le chef répondit «Je le connais bien. — Et comment le connais-tu? — Oh ! Nous habitions dans la même ville, mais il a causé du désordre avec tous ses vols, je l’ai chassé, et il est parti.» L’autre répliqua «Moi, ce n’est pas pour une question de vol que tu m’as chassé. Non c’est parce que cet homme est un ancien esclave de mon père, et il s’est rendu compte que je le reconnaîtrais. Et maintenant, je le reconnais. Exposons nos arguments respectifs. — Bon. Et à quoi m’as-tu reconnu ?» L’autre répondit : «S’il y a un doute, prenez deux ou trois hommes, au témoignage irréfutable, entrez avec lui dans une case, en secret, enlevez-lui son pantalon. Sur sa fesse gauche, si vous ne trouvez pas trois entailles, voici l’artère -de mon cou, égorgez- moi. » On demanda : «Alors, chef, est-ce que tu acceptes? » Il répondit : «Oui, j’accepte.» Or le chef ignorait que, pendant son sommeil, l’autre lui avait fait trois entailles, qui avaient guéri, et que Dieu avait permis que le procédé frauduleux réussisse. On prit donc trois hommes sincères et on lui dit: «Chef, tu permets donc ? Et nous, si nous trouvons les trois entailles sur le chef, toi, tu n’as plus ton turban, c’est lui qui le possédera.» Le chef répondit : «J’accepte. — Et toi, si nous ne trouvons pas les trois entailles sur le chef comme tu nous l’as dit, quelle sera la sanction ? — Bon. Moi, je vous présente l’artère de mon cou, coupez-moi la tête, frappez-moi d’un coup d’épée. — Bon, c’est bien. Rentrez chez vous jusqu’à demain. » Ils rentrèrent chez eux. Le lendemain matin, ils vinrent. On chercha trois hommes intègres, véridiques, incorruptibles. Ils firent entrer le chef dans une case, ils lui enlevèrent son pantalon, et ils trouvèrent sur lui trois entailles. Le chef leur dit alors «Je vous donne tout ce que je possède. Laissez- moi, ne dites pas que les trois entailles y sont.» Ils lui répondirent «Non. On nous a choisis parmi dix autres parce que notre parole est véridique, et alors, aujourd’hui, nous nous laisserions corrompre à cause des richesses ? Non, nous ne mentirons pas.» Ils sortirent et dirent aux autorités qui avaient donné le pouvoir à ce chef «Cet homme a raison. Voici que les trois entailles dont il a parlé sont bien sur le chef. — Bon. C’est bien. Chef, le jugement ne vient-il pas de te confondre? » II répondit «Le jugement m’a confondu, je le reconnais. — Bon. C’est bien.» On fit sortir le chef de son palais, on lui retira ses enfants, et on ferma le palais. Le voleur retourna en brousse, et il dit au chasseur «Le chef, je l’ai fait expulser. Viens, entre dans son palais, je t’ai obtenu le pouvoir puisque c’était convenu entre nous.» Le chasseur lui dit «C’est bien. Mais il ne s’agit pas que tu me donnes le pouvoir et que j’entre ensuite dans ce palais pour en être le chef, situ dois me faire ce que tu as fait à l’autre.» Le voleur répondit : «Non, je ne te ferai pas ce que je lui ai fait, parce qu’il m’avait chassé. Je suis venu ici, j’ai habité près de toi, moi, un voleur avec toute sa méchanceté, tu es resté avec moi pendant plusieurs années. Moi, en ce qui me concerne, je ne trahirai pas notre alliance.» Le chasseur lui répondit «Alors, c’est bien. » Le chasseur abandonna son carquois en brousse il prit avec lui sa femme et ses enfants, il les ramena et les fit entrer dans le palais du chef. Quelque temps après, il dit au voleur «Toi aussi, reviens.» Le voleur revint, il lui donna une propriété où il résida. Et il lui dit «Désormais, si tu as besoin de quelque chose, je te le donnerai, mais ne vole plus.» Le voleur répondit: «Non, chasseur, chacun a les habitudes que Dieu lui a données, car personne n’abandonnera ce à quoi il est habitué. Et le vol, j’y suis habitué et je ne peux pas l’abandonner.» Le chasseur lui répondit «C’est bien.» Le voleur se remit à voler et à rapporter son butin. Le chasseur le renvoya avec son butin «Eh bien ! toi, va-t-en chercher ailleurs ta nourriture.» Un beau jour, il alla voler chez quelqu’un. On l’arrêta et on l’amena devant le chasseur qui était devenu chef «Voici un voleur, et voici ce qu’il a volé.» Il leur dit : «Que voulez-vous que je lui fasse? Vous reprenez votre bien et je le fais emprisonner ? » Ils répondirent : «Nous, ce qu’il nous faut, c’est qu’on le mette à mort.» Le voleur répondit «Non ! Si vous devez me mettre à mort, mettez aussi à mort avec moi le chef, car si je vole, c’est lui qui en est responsable.» Le chasseur lui dit : «Tu vois, qu’est-ce que le t’avais dit ? Tu cherches à me faire mourir, c’est encore pire que ce que tu as fait au chef précèdent.» Il répondit «Oui, c’est cela.» On les emprisonna tous les deux, et ils furent mis à mort. L’histoire est terminée. Date de création : 19/06/2007 @ 19:33 Réactions à cet article
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