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LE STRATAGEME DE L’ANCIEN VOLEUR Nous écoutons l’histoire d’un voleur. En effet, depuis son enfance, dès l’âge de dix ans, il avait commencé à voler, jusqu’à son adolescence, et il était devenu riche. Tout ce qu’il possédait en fait de vaches, de chèvres, de moutons et de chevaux, toute cette richesse, c’est par le vol qu’il se t’était procuré. Une fois plus âgé, devenu riche, il cessa de voler. Il se construisit une habitation et il y demeura. Et quand, dans la conservation, on en venait à parler de vol, il disait «Bien sûr. Le vol, voyez-vous, je le connais à fond. Je suis plus fort que personne pour en connaître la manière. Mais si jamais quelqu’un me vole quelque chose, c’est seulement si j’y renonce et que je le lui laisse, car, moi aussi, j’ai été voleur ; alors je le laisse se cacher, mais ce n’est pas que j’ignore qui est mon voleur. Et si, au contraire, je le veux, le voleur, lui, me volera quelque chose, mais après cela quand il l’aura en mains, il sera obligé de crier. Les gens viendront à mon secours et l’arrêteront.» Bon. Le temps passa. Le chef lui dit un jour: «Dis donc, tu prétends toujours que si l’on te volait quelque chose, tu le retrouverais, à moins d’y renoncer. Et s’il arrive que tu le retrouves, c’est, dis-tu, le voleur lui-même qui, après t’avoir volé, va se mettre à crier, et les gens viendront l’arrêter et le trouveront avec ce qu’il a volé. Mais comment cela peut-il se faire ? » II répondit : «Attends un peu. Il arrivera bien que, soit toi, soit moi, on nous vole. Parmi nous, est-ce qu’il n’y a personne qui vole dans cette ville? Et si un vol se produit dans cette ville, tu apprendras que j’aurai fait échouer le voleur qui l’aura commis. — Bon, c’est bien.» Il se passa un certain temps. Puis, un matin, comme les chèvres étaient parties au pâturage, les chèvres de cet homme avec les chèvres du chef, deux voleurs s’approchèrent d’elles et en prirent une. ![]() Or ils étaient tombés sur une des chèvres du chef. Ils la prirent et l’égorgèrent, puis la cachèrent dans un buisson. Mais, en regardant le buisson, ils trouvèrent que la chèvre serait vite découverte. Alors, la portant sur la tête, ils l’emmenèrent au cimetière et ils l’y déposèrent. «En effet, pensaient-ils, on chercherait dans les buissons et peut-être la trouverait on. Mais, dans un cimetière, on n’imaginerait pas que quelqu’un, après avoir volé quelque chose, le porte là bas, car c’est un lieu où sont déposés des humains comme lui» Ils vinrent donc vers une tombe qui s’était effondrée, ils y déposèrent la chèvre et la recouvrirent avec l’herbe de la tombe, puis ils sortirent de là et repartirent. Les chèvres revinrent du pâturage l’après midi. En regardant bien, on s’aperçut qu’il manquait une chèvre. On vint dire au chef : «Vraiment, une des chèvres n’est pas revenue.» Alors le chef appela l’ancien voleur et lui dit «Viens. Tu prétendais, n’est-ce pas, que, si quelqu’un volait, tu le retrouverais, à moins d’y renoncer. Or, aujourd’hui, c’est moi qu’on a volé. Si ce n’est pas toi qui as changé et qui m’as volé, comment se fait-il que nos chèvres soient parties ensemble au pâturage et qu’on ne t’en ait pas volé, tandis qu’on m’en a volé une ? C’est donc toi qui m’as volé. Et si ce n’est pas toi qui m’as volé, alors retrouve-moi ma chèvre.» Il répondit au chef «Je ne t’ai pas volé. Mais je te rechercherai ta chèvre, et celui qui l’a volée va sans doute se mettre à crier, et tes serviteurs accourront pour l’arrêter en flagrant délit, et ils me trouveront avec lui. — Et comment feras-tu ? » Il répondit «Tu verras bien comment je ferai.» Sortant de là, il fureta comme un chien qui flaire, parce qu’il connaissait tous les secrets des voleurs ; il circula dans tous les buissons et il arriva à l’endroit où la bête avait été égorgée. Il y avait là du sang. Puis il trouva l’endroit où on l’avait d’abord déposée, il y avait du sang là aussi. Faisant demi-tour, il suivit leurs pas. Il avance, les pas se perdent, il les retrouve. Il avance, les pas se perdent, il les retrouve, jusqu’à ce qu’il arrive au cimetière. Il écarta l’herbe et trouva la chèvre qui avait été déposée là. Il la cacha en remettant l’herbe en place. A la tombée de la nuit, il vint dire au chef: «On a retrouvé ta chèvre. Et le voleur qui a volé ta chèvre, j’ai vu où il l’a cachée. Je vais aller pendant la nuit à l’endroit où il y a la trace de ses pas et où il va aller reprendre la chèvre. Donne-moi quatre de tes serviteurs, qui viendront le trouver lorsque sans doute il se mettra à crier. Bon, c’est bien.» Celui qui avait volé la chèvre était revenu chez lui et il était allé s’entendre avec son camarade «Mon ami, je suis allé aujourd’hui dans la brousse, j’ai trouvé une chèvre, je l’ai attrapée et je l’ai volée. Aussi, cette nuit, allons récupérer cette chèvre, et, au retour, nous la dépouillons. A toi, j’en donne la moitié, et moi je prends l’autre moitié que je mangerai avec ma femme. Et toi, une fois rentré chez toi, tu la mangeras avec ta femme. — Bon. C’est bien, c’est bien, c’est bien comme cela. — Puisque toi aussi, chaque fois que tu volais, tu agissais ainsi avec moi, aujourd’hui, c’est moi qui ai volé, on partage. — Bon, c’est bien.» C’était le début de la nuit, le moment aussi où les autres allaient récupérer la chèvre. L’ancien voleur alla chez le chef et lui dit «Donne-moi quatre de tes serviteurs. » Le chef lui donna quatre serviteurs. Une fois arrivés au cimetière, il dit aux serviteurs : «Vous, couchez-vous chacun de votre côté.» Ils se couchèrent ainsi en cercle. Quant à lui, l’ancien voleur, qui connaissait tous les secrets, il vint, il écarta l’herbe, il sortit la chèvre et la déposa à côté. Il entra dans la tombe et il s’y coucha, II tira la chèvre, et, d’un bras, il la maintint contre lui, tandis que de l’autre il ramenait l’herbe, il la ramenait pour cacher la chèvre comme l’autre l’avait fait. Il resta ainsi couché jusqu’au milieu de la nuit. Les autres arrivèrent, parlant à voix basse et marchant à pas de loup. «Là, c’est ici que je l’ai déposée, dit le voleur. — Bon, c’est bien. — Prenons-la. » Il écarta l’herbe, la chèvre apparut, il tendit la main pour la soulever, et l’ancien voleur lui attrapa la jambe. Pan ! Et il la tenait fortement tandis que l’autre tirait de toutes ses forces et qu’il disait à son camarade «Ami, va-t-en vite. Moi, le mort m’a attrapé. — Comment? Le mort t’a attrapé? — Oui, le mort m’a attrapé». — Il voulut se débattre. En vain. Son compagnon s’enfuit. Il attendit, Mais l’autre le tenait ferme dans ses mains. L’ancien voleur sortit ensuite de la tombe. On lui mit la chèvre sur la tête, et ils revinrent chez le chef. «C’est toi? — Oui, Seigneur. — Comment as-tu fait? » Il répondit : «Je suis allé dégager la chèvre ; je me suis couché dans la tombe, j’ai pris la chèvre dans mes bras, et, en ramenant l’herbe, je l’ai camouflée. Il est venu avec son camarade. Mais ce camarade-là, je ne l’ai pas reconnu. Il a écarté l’herbe, il a avancé la jambe pour soulever la chèvre, et je lui ai saisi la jambe. Tu vois, je suis plus fort que lui, il s’est débattu, mais en vain. Il a dit alors à son camarade «Le mort m’a attrapé». Dès que son camarade eut entendu que le mort l’avait attrapé, il s’est enfui. Lui, il a attendu un moment, puis il s’est rendu compte que cela ne servait à rien d’attendre. Il s’est mis à crier. Tes serviteurs se sont relevés et l’ont arrêté, et nous te le ramenons. Le chef dit alors «Eh ! Voleur !» Le voleur répondit «Oui — Comment t’ont ils attrapé? » Il répondit : «Chef, ils m’ont attrapé comme on vient de te l’expliquer. Et moi, je dis que c’est un voleur qui m’a attrapé. — Bon. Eh bien ! Désormais tu ne veux plus voler. Ne recommence pas. Allez, prends la chèvre et va la manger. » Puis le chef ajouta «Toi, l’ancien voleur, vraiment je sais maintenant que tu as appris tous les secrets du métier de voleur.» L’histoire est terminée. Date de création : 19/06/2007 @ 22:43 Réactions à cet article
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